Je regarde le monde qui m'entoure avec poésie. J'observe ma fille grandir avec contemplation. Souvent je m'interroge sur le sens de mon existence, son intérêt, sa vacuité. Et puis, parfois, par la grâce de l'art, tout prend forme, tout fait sens, tout s'assemble avec la légéreté des évidences.

Hier, j'ai regardé le Gamin au Vélo des frères Dardenne. Et au-delà de l'humanité époustouflante de ce film, un espace immense s'est soudainement ouvert. La magie de l'art, l'intensité de la création. Cet accès soudain et intense à l'universalité d'un propos. 

Comprendre l'amour. Là celui qui attache un adulte à un enfant. Mais au-delà, ce qu'aimer veut dire, ce qu'aimer exige sans vouloir, la simplicité du sentiment. Comprendre ce qu'est l'enfance, ce qui construit, ce qui détruit, ce qui est. Comprendre et compatir, au sens Kunderien du terme, sentir avec, dans une proximité des émotions qui annihile toute objectivité, qui recentre sur ce qui fait de nous des êtres humains, sur notre propre humanité. 

Je sais pourquoi j'ai aimé celui qui fut mon mari. Je sais pourquoi j'aime celui que j'aime aujourd'hui. Parce que je le vois. Je vois l'enfant qu'il fut. Je vois l'homme qu'il est. Je vois ses forces, je sens ses failles, j'intériorise ses détours, ses chemins de traverse. Et pour tout cela, malgré le mal qu'il me fait, malgré son égoisme, malgré ses faiblesses, mais aussi parce que je sais que lui-aussi m'aime pour toutes les mêmes raisons, je n'ai qu'une immense, une infinie tendresse, un amour absolu et invincible.