Je ne me hasarderai pas à un essai sur le temps, de très grands l'ont fait bien avant moi. 

Mais Dieu qu'il est long le temps de l'oubli. Depuis combien de temps maintenant ne l'ai-je vu? Je ne sais même plus. Deux ou trois semaines ? Ou plus encore peut-être? Depuis combien de temps n'ai-je senti son parfum, caché entre sa barbe et sa peau, son parfum soudain, qui se libère par instants, furtifs, disparaît avant de rejaillir, par la grâce d'un mouvement de son corps, d'un rapprochement du mien ? Depuis quand n'ai-je tenté d'analyser les vibrations que me provoque sa démarche, sa manière de se mouvoir dans l'espace ? Je ne sais toujours pas si cette cambrure tellement atypique me plaît ou me déplaît. Sa silhouette restera-t-elle à jamais, comme le reste, condamnée au mystère de mes incertitudes ? 

C'est amusant. Ce fut essentiellement une relation de mots, basée sur l'écrit. Et pourtant, tout ce qui me reste, ce qui persiste en moi, est physique. Ses mains, sa peau, au grain rugueux, la pâleur de ses pieds, son odeur, la vraie, sentie uniquement à deux reprises, la première fois où je l'ai découvert nu, face à moi, juste quelques pas dans ma chambre, c'est ce moment qui m'obsède, il était si singulier dans sa démarche ... quelques moments de sexualité, peu, un aperçu, quelque chose de non abouti, de non investi, un presque.

A. Celui qui fut nommé, c'est donc ainsi, quelque temps plus tard, qu'il se transforme dans ma mémoire. A. Un presque.