Je suis déjà nostalgique de l'été. Le 15 août, c'est comme un solstice, le soleil a atteint son point culminant, et il commence un nouveau cycle, celui qui, inéluctablement, nous emmène vers l'automne. J'ai noté cette semaine à quel point les soirées raccourcissent, comme la fraicheur s'installe rapidement. Paris est calme, tranquille, complice, en suspens. C'est encore pour quelques jours le temps du rosé en terrasse, des rencontres improvisées, de la douceur des conversations éthérées, des visages hâlés, le temps du lâcher-prise, le temps doux de la jeunesse éternelle.

Je voudrais que cette saison s'étire, que cette indolence ne s'arrête jamais. Je voudrais appuyer sur pause à cet instant précis, le faire durer encore un peu, jusqu'au moment où j'en serais lasse, et où je regarderais avec envie mes cachemires et mes bottes, jusqu'au moment où le besoin de travailler me saisirait à nouveau, jusqu'au moment où j'aurais plaisir à accompagner ma fille dans ses apprentissages académiques. 

J'ai le sentiment de n'avoir pas suffisamment profité de la chaleur, de la douceur, de la légéreté. Il est trop tôt dans mon coeur et mon esprit pour recommencer, pour retrouver les matins pressés, les journées surchargées, la routine de ma vie professionnelle et personnelle. Il parait que vieillir s'accompagne d'une accélération du temps. Je déteste vieillir. Certains trouvent qu'il y a du bon dans le vieillissement. Moi je n'y distingue rien d'intéressant. Les tissus s'affaissent, le regard se ternit, les lendemains de fête sont terribles, et maintenant, pire encore, je découvre que le rapport au temps se modifie, comme pour nous signifier qu'il nous est désormais compté.

L'été de mes 40 ans. Pourquoi ne se prolonge-t-il pas à l'infini? Encore une seconde, une minute, une heure, un jour, une éternité.