C'est vrai. Il peut m'arriver d'être cruelle et injuste avec les garçons.

J'admets. Il peut m'arriver de leur en vouloir et de le signifier. Il peut m'arriver de ne pas lire entre leurs lignes. De ne pas déchiffrer leur sensibilité cachée, enfouie au plus profond de leur petit être - oh combien fragile si je tente l'analyse... De ne pas décrypter leurs messages d'amour à travers leurs réponses laconiques à mes sms endiablés. De ne pas comprendre que poser un lapin deux fois de suite, que ne pas répondre à mes appels du pied  - pourtant chaussé de Louboutin -, que m'expliquer le côté génial d'une open relationship, bref, que tout leur bordel est en fait signifiant d'un merveilleux intérêt pour ma personne non moins merveilleuse....

Non je déconne. J'adore les mecs. Si, si, c'est vrai. J'adore leurs extrémités. Leurs mains. Leurs pieds. Leur visage. Leur sexe. J'adore leur démarche. J'aime lorsqu'elle contient une bizarrerie, quelque chose d'un peu en contretemps, qui leur confère un côté gauche. Je les imagine dans ce cas rêveurs et créatifs, sensibles et drôles. Ceux-là me touchent immédiatement, droit au coeur.

J'aime aussi les hommes à la démarche forte et assurée, au pas rapide, à condition qu'ils me donnent le bras pour que nous puissions trouver notre propre tempo. Ils ont les pieds ancrés au sol, solides, ils me laissent penser que je vais pouvoir m'abandonner tranquillement sur leur épaule virile, me reposer en confiance grâce à leur maîtrise de la vie, leur sens du contrôle. Ceux-là me séduisent sans forcément m'émouvoir.

J'aime les hommes beaux, les hommes charmants, les hommes un peu moches, les taiseux, les bavards, les mystérieux, les extravertis, les winners et les losers, les jeunes et les vieux, les ténébreux, les féminins, ceux qui savent danser, ceux qui savent regarder. Ceux qui boivent de la bière pour se désaltérer, ceux qui prennent trois cafés le matin, ceux qui préfèrent le thé, je les aime blonds, roux, bruns, et même chauves, les poivre et sel me rendent dingues. Je les aime légèrement barbus, moustachus, il peut m'arriver de les aimer imberbe. Je n'ai pas de type d'hommes.

J'aime qu'ils ne soient pas comme moi, et pas comme mes copines, que leurs interrogations existentielles ne rejoignent pas forcément les miennes, qu'ils soient plus radicaux, plus denses que je ne le suis. J'aime qu'ils me regardent parfois comme une extra-terrestre, j'aime les amuser, j'aime les agacer, j'aime les confronter, j'aime nos malentendus, nos hésitations, nos peut-être et nos pourquois. J'aime nos évidences et nos hésitations, j'aime notre complicité et nos enguelades, j'aime l'altérité des hommes.

J'aime qu'ils soient dingues, j'aime qu'ils soient libres, j'aime qu'ils méprisent les conventions, j'aime qu'ils soient gentlemen. Qu'ils affirment qui ils sont. J'aime qu'ils s'emballent pour un exploit sportif et fassent la bringue avec leur pote, j'aime qu'ils lisent et me fassent partager leurs pensées. J'aime qu'ils m'ouvrent leur monde et m'offrent leurs différences. J'aime qu'ils se croient des superhéros à condition qu'ils me traitent comme une princesse, j'aime qu'ils doutent et qu'ils s'affranchissent de leur masculinité, j'aime qu'ils inversent les rôles et me surprennent.

J'aime qu'ils m'effleurent puis m'enlacent pour la première fois, qu'ils m'embrassent, cherchent ma langue et trouvent mon corps avec assurance ou émotion, pour m'arracher un premier soupir. J'aime découvrir leur odeur, leur essence, leur peau, leur ligne, leur sexe. J'aime découvrir leur nudité, m'y enrouler et m'y perdre, j'aime sentir leurs mains me chercher, j'aime le moment où nous nous rejoignons.

Vous voyez, aucun doute n'est permis, j'adore les garçons.